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L’effroi, tout en douceur

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Jeudi, 28 Novembre, 2013 - 05:54

L’artiste vaudois Zivos’empare d’un texte du Valaisan Jérôme Meizoz et façonne un ouvrage d’artiste unique.

On dirait un cahier retrouvé dans une ancienne malle. Ces dessins à l’encre paraissent mouvants, comme du sable. Ils glissent du figuratif à l’abstraction: hommes, bêtes, objets, climats se mêlent dans ces pages, évoquant l’art pariétal. Un art brut mais délicat, naïf, qui contraste avec la teneur du récit qui les accompagne. Comme une lettre adressée au lecteur, il y a cent ans. Ou envoyée du futur, allez savoir.

Mélange d’expressions. Pénurie est une fable qui dit la montée des extrémismes dans un monde en guerre (qui pourrait être le nôtre). Le narrateur raconte la société qui l’entoure, en pleine mutation, et se confie: «Une angoisse m’a traversé: mais où est donc l’avenir?» Ce ne sont pas seulement les denrées comestibles qui commencent à manquer, mais aussi le sens critique, l’amour. L’humanité, simplement. Jérôme Meizoz, écrivain et maître d’enseignement à l’Université de Lausanne, l’a offerte à Zivo, l’artiste né à Belgrade en 1960 et arrivé en Suisse à l’âge de 3 ans.

Les deux hommes avaient déjà collaboré pour Fantômes, paru aux Editions d’En Bas en 2010. Mais sa forme était plus classique: le texte d’un côté, les images de l’autre. Cette fois, les deux arts se mêlent plus intimement. L’artiste a recopié le texte de sa propre écriture manuscrite. Les mots ainsi mis en relief trouvent une candeur qui met le lecteur en émoi, ajoutent une dimension au texte, comme si on vous le chuchotait.

Jérôme Meizoz s’est retiré dans un chalet valaisan quelques jours d’hiver pour le rédiger. «J’ai laissé mûrir un fantasme en moi: et si tout s’arrêtait? Je pensais que le texte rappellerait à Zivo ce que sa famille a connu en ex-Yougoslavie. Grâce à son travail, chacune de mes phrases est devenue un petit poème visuel.»

La préfiguration du pire. Le peintre et illustrateur, lui, a travaillé dans l’instant, chaque matin, au lever du jour. Il a cherché l’émotion dans la forme inachevée. «Je suis autodidacte, j’ai besoin de la spontanéité, de sentir l’histoire passer par la main. Pour dessiner, j’ai privilégié ces moments où j’étais encore endormi, à la fois dans le rêve et déjà dans mon corps.»

La naïveté des dessins, leur fragile délicatesse – comme s’ils étaient déjà fragments, ruines – contrastent avec la noirceur d’un texte qui présage le pire. «Dans le futur, il y a une part du passé. Et il y a des choses que l’on ne souhaite pas revoir. Mais des signes sont là, dans notre société, à côté de chez nous, comme la montée des extrémismes. C’est toujours comme cela que cela commence.»

«Pénurie». Zivo & Jérôme Meizoz. Art & Fiction, 220 p. Les auteurs signeront leur ouvrage le 18 décembre à la librairie Basta, à Lausanne, entre 17 h et 18 h; le 21, au Salon du livre du Centre culturel de la Vidondée, à Riddes (VS), de 13 h à 15 h; le même jour, à la librairie Des livres et moi, à Martigny, de 15 h 30 à 17 h.

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