Scénariste connu pour sa fructueuse collaboration avec Jacques Audiard, avec lequel il a coécrit Un prophète, De rouille et Dheepan, Palme d’or du dernier Festival de Cannes, Thomas Bidegain bénéficie pour sa première réalisation d’une publicité à la fois inespérée et tragique. Dans Les cowboys, il raconte la longue et difficile quête d’un père pour retrouver sa fille, brutalement disparue à 16 ans après qu’elle a décidé de se convertir à l’islam pour suivre un musulman ayant choisi de tourner le dos à sa famille.
Sans parler ouvertement de radicalisation et de djihad, on devine très vite que c’est bien dans ce contexte que Bidegain ancre son récit; le film évoque ce thème douloureux en se focalisant non pas sur ceux qui partent, mais sur ceux qui restent. Il a eu l’idée de cette histoire il y a plusieurs années déjà, au moment où on ne parlait pas de Daech mais d’al-Qaida, et a voulu le faire démarrer en 1994, explique-t-il, car les premières manifestations du mouvement djihadiste datent de cette époque.
Mis en scène comme un western se déroulant sur quinze ans, Les cowboys use d’un montage allusif et multiplie les ellipses brutales pour mieux montrer la quête vouée à l’échec de ce père ne pouvant se résoudre à dire adieu à sa fille. Une quête bientôt reprise par son fils, qui a grandi en tentant de se construire malgré le vide laissé par cette sœur absente.
Dans le but de montrer comment la petite histoire fait partie de la grande, Bidegain signifie le temps qui passe en glissant furtivement, via des écrans de télévision, des images des attentats du 11 septembre 2001, puis de ceux de Madrid en 2004 et de Londres l’année suivante. L’avant-dernière partie du film, qui se déroule au Pakistan, est la plus proche du western, magnifiquement photographiée mais pessimiste, avant un final apaisé. Au-delà de ses qualités formelles et narratives, Les cowboys se profile surtout, en ces temps troublés, comme un bel objet de réflexion.
«Les cowboys». De Thomas Bidegain. Avec François Damiens et Finnegan Oldfield. France/Belgique, 1 h 45.
