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Les Cahiers dessinés, une aventure au fil du trait

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Jeudi, 5 Février, 2015 - 05:57

Exposition.La Halle Saint-Pierre, à Paris, montre le meilleur des dizaines d’ouvrages publiés par Frédérik Pajak depuis 2002, avec pour mission de défendre le dessin dans tous ses états.

Le lieu parisien en dit long sur le statut du dessin aujourd’hui. La Halle Saint-Pierre, au pied de la butte Montmartre, accueille d’habitude l’art des marges, des fous et des reclus, en un mot l’art brut cher à Jean Dubuffet et à Michel Thévoz. Or, pendant six mois, la belle halle abrite l’aventure éditoriale des Cahiers dessinés, lancée en 2002 sous l’impulsion de l’écrivain-dessinateur-agitateur Frédérik Pajak, longtemps installé à Lausanne (prix Médicis essai 2014 et récent Prix suisse de littérature pour son Manifeste incertain 3, Ed. Noir sur Blanc). C’est notamment en Suisse que la collection a pris forme grâce à l’éditrice et mécène Vera Michalski, d’abord sous la bannière des éditions Buchet Chastel, puis de manière indépendante.

Travestis & aristocrates
Treize ans plus tard, les Cahiers dessinés comptent une centaine de titres, formant un arbre aux ramifications multiples, de l’art à l’humour, de la presse au voyage, de l’homme des cavernes à aujourd’hui. Il y a des écrivains qui dessinent (Hugo), des photographes (Cartier-Bresson), des poètes (Apollinaire), des cinéastes et des anonymes, des travestis comme des aristocrates, des prodiges de dextérité aussi bien que de faux maladroits. L’ensemble, proliférant, est complété chaque année par la revue Le Cahier dessiné, dont le dixième numéro (430 pages) sert de catalogue à l’exposition rétrospective de la Halle Saint-Pierre, au sous-titre de circonstance: Le dessin dans tous ses états.

Des états seconds, pourrait-on dire, tant le genre s’est toujours sagement subordonné à la peinture et autres nobles catégories de l’académie. Toute l’entreprise de l’éditeur Pajak, plus que jamais aux commandes de ce bateau ivre, est de montrer que le dessin ne cède en rien aux autres arts. Même si lui ne s’exprime avec rien, ou si peu: un crayon, des poils de pinceau, un papier, quelques couleurs peut-être. Alors même qu’il peut tout dire, au plus juste, dans l’exact prolongement d’une main, d’un œil, d’un monde.

Nef des fous
Sur deux niveaux, l’exposition réunit les traits d’une septantaine de talents, à l’exception de Pajak lui-même (qui a tout de même signé l’affiche: un œil charbonneux en gros plan). Cela part dans tous les sens, sans chronologie ni thématique, juste pour la beauté du geste, de cette grande geste dessinée qui flanque le vertige à cavaler ainsi dans la halle. Bien sûr, les talents ici réunis sont inégaux. Le lourd côtoie l’aérien, le subtil le grossier, l’élégance le cul, le rire la bile noire. Des piliers de l’art brut, Louis Soutter ou Laure Pigeon, donnent le change aux extraordinaires illustrateurs Saul Steinberg et Chaval, Sempé et Topor, dont le rire sardonique résonne encore à nos oreilles. Cette nef des fous est pleine de Suisses, les anciens Vallotton, Teuscher ou Yersin, mais aussi les Leiter, Scheurer, Quinche, Jaquet, Simonin, Poussin, les plus jeunes Noyau ou Mix & Remix.

Oui, un fil invisible relie bien tous ces dessinateurs. La toile qu’il tisse de proche en proche, sans plan préconçu, a vite fait d’attraper le visiteur. Et de le persuader que le dessin, parent pauvre des arts, vaut bien davantage que la condescendance qui l’a longtemps relégué dans les sous-sols des musées, dans les tiroirs aux esquisses et croquis.

Il s’étendra même, ce fil, vers Lausanne, dans l’Espace RichterBuxtorf, une galerie sous-gare, qui exposera du 5 au 7 février les merveilleux découpages d’Anna Sommer, une artiste graphiste alémanique qui sert aussi la cause de magazines illustrés ou de couvertures de livres. Anna Sommer, par ailleurs épouse du dessinateur Noyau (Yves Nussbaum), a compté parmi les premiers auteurs publiés par les Cahiers dessinés. Lesquels sortent actuellement, accompagnant l’exposition lausannoise, le beau volume des Grandes filles.

Le dressage des écureuils
Que de charme dans ces papiers découpés qui racontent des rêves éveillés, entre état de veille et dérive de l’imagination vers la cueillette d’amanites phalloïdes, le dressage des écureuils, le patin à glace parmi les ours blancs, le colibri qui sert de domestique au matin. Les humains se font bêtes, et d’autres artistes (Serge Gainsbourg comme Pedro Almodóvar) se font tirer le portrait. Il y a aussi des autoportraits, des saynètes et un joli parti tiré de papiers fleuris ramenés du Japon. ■

«Les Cahiers dessinés». Halle Saint-Pierre, Paris. Jusqu’au 14 août. www.hallesaintpierre.org
«Anna Sommer, découpages». Espace RichterBuxtorf, Lausanne. Du 5 au 7 février. www.richterbuxtorf.ch

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Alechinsky
Anna Sommer
Topor
Martial Leiter
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