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L’exception Houellebecq

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Jeudi, 8 Janvier, 2015 - 06:00

Le dernier roman de Michel Houellebecq n’était pas encore sorti qu’il suscitait des réactions enflammées. Comme toujours, l’auteur de Soumission frappe fort. Et prend les critiques trop pressés à contrepied. L’islam n’est ainsi plus dépeint comme «la religion la plus con». Au contraire, on devrait pouvoir «s’arranger», argumente-t-il désormais (lire l’essai et le commentaire d’Isabelle Falconnier en page 24).

A l’heure où le mouvement Pegida en Allemagne fait tache d’huile et draine les foules dans la rue, Houellebecq dépeint un islam qui représente pour son héros une source de spiritualité et d’apaisement. Ceux qui attendaient un brûlot antimusulman sont surpris.

Désigner une population en raison de son appartenance religieuse, voilà de toute façon une manière d’exploiter l’islamophobie ambiante, disent ses détracteurs. Comme de jouer de la confusion des crimes, bien réels, des djihadistes de Daech et d’une islamisation rampante des sociétés européennes (encore?) largement virtuelle.

Si l’arrivée d’un politicien islamiste à la tête de la République française a quelque chose d’outré, de presque comique, si Houellebecq quitte ainsi le terrain du probable, rappelons que c’est précisément le rôle des auteurs de fiction d’imaginer l’inimaginable. Et la littérature sombrerait dans l’insignifiance s’il fallait exiger des auteurs qu’ils s’abstiennent de jouer avec les peurs et les fantasmes du lecteur. Un romancier peut tout se permettre, ou presque.

En ce sens, Michel Houellebecq n’a rien en commun avec la nostalgie réactionnaire de l’essayiste Eric Zemmour, mais rien du tout.

Certes, on peut être allergique à son pessimisme jusqu’au-boutiste sur l’Occident et sa prétendue impuissance à se défendre. Ses poses de rocker crade et déglingué ont quelque chose de répugnant (lire aussi en page 66). Dans Soumission, il prouve toutefois qu’il reste un écrivain important. Et que les artistes inspirés sont irremplaçables dès lors qu’il s’agit d’explorer un avenir forcément incertain.

Par contraste, l’immense majorité des grands écrivains contemporains hésitent à empoigner les questions sociopolitiques essentielles du moment. On verrait bien qu’ils traitent de l’explosion des inégalités dans les sociétés industrialisées, du désarroi des classes moyennes. On attend toujours un best-seller marquant sur la procréation assistée ou l’assistance au suicide. Sans parler de l’avènement possible d’une sorte de soft goulag informatique tissé par Google & Co.

Dans cette ambition de s’emparer crânement par le roman des débats de civilisation, Houellebecq semble bien isolé. Hélas!

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