Rencontre. Pour sa deuxième réalisation, Tommy Lee Jones adapte un roman se déroulant en pleine conquête de l’Ouest. Mais ne lui dites pas que «The Homesman» est un western.
Il y a ceux qu’on appelle dans le jargon journalistique les bons clients. Soit des personnalités auxquelles il suffit de poser une ou deux questions bien senties pour qu’elles se lancent dans de passionnantes explications, ponctuées de délicieux traits d’humour et d’aphorismes faisant d’excellentes accroches. Et il y a les autres. Ceux qui n’aiment pas disséquer leur travail, se contentant le plus souvent d’un oui ou d’un non en guise de réponse. Tommy Lee Jones est de ceux-ci. Sa réputation de gars impossible à interviewer et à dérider le précède d’ailleurs.
Lorsqu’il ne tourne pas, l’Américain vit au Texas, où il est né il y a près de soixante-huit ans et où il possède un ranch. Acteur formé sur les planches, grand amateur de Brecht et de Shakespeare, il apprécie l’anonymat qui est le sien à un peu plus de 2000 kilomètres de Hollywood. Sur ses terres, on l’appelle simplement TLJ, voire juste TL. Mais c’est à Cannes qu’on le rencontre, où il est venu présenter The Homesman, sa deuxième réalisation pour le cinéma après Trois enterrements, qui en 2005 lui avait valu sur la Croisette un prix d’interprétation.
Un film humaniste
Adaptation d’un roman publié en 1988 par Glendon Swarthout, The Homesman raconte la rocambolesque expédition, entre le Nebraska et l’Iowa, d’une femme de poigne (Hilary Swank) et d’un déserteur (Tommy Lee Jones) ramenant à la civilisation trois mères de famille ayant perdu la raison. Lorsqu’on se retrouve au côté de cinq confrères autour d’une table à laquelle a pris place Tommy Lee Jones, le silence se fait aussi pesant que les paysages qu’il filme sont arides. Le Texan nous toise, puis explique en guise d’introduction qu’il ne connaissait pas le livre avant qu’un ami lui propose de le lire, pour voir s’il y avait matière à en tirer un film.
Le film est-il féministe? Un journaliste germanophone ose la question. «Je n’espère pas, car je n’aime pas ce mot, rétorque TLJ. Si je devais lui poser un label, je dirais plutôt humaniste.» Question suivante: est-ce un western? «Et voilà, vous recommencez… Franchement, je ne sais pas ce que ce terme veut dire. Mais bon, puisqu’il y a des gros chapeaux et des chevaux, on peut dire que oui.» Fidèle à sa légende, qu’il semble se faire un malin plaisir à entretenir, le comédien et réalisateur ne desserre pas la mâchoire. A chaque question sa réponse laconique, lorsque réponse il y a. On décide alors de se lancer en l’appâtant avec une référence à un grand classique du cinéma américain: Convoi de femmes (1951), de William A. Wellman, seul western de l’âge d’or à mettre en scène plus de femmes que d’hommes. Raté, il ne l’a pas vu. «J’en ai entendu parler, et j’ai même pensé pendant cinq minutes le voir. Puis j’ai eu quelque chose de mieux à faire.» On a néanmoins attiré l’attention de TLJ, on essaie de la garder. Mais ça ne dure pas. A peine le temps d’apprendre qu’il ne se réclame d’aucun cinéaste du passé, même s’il citera ensuite Howard Hawks, et qu’il déteste par-dessus tout l’improvisation.
La conversation se poursuit sur le même mode, et on prend finalement congé en n’ayant rien appris sur The Homesman ni sur ce qu’il dit de la dure vie des pionniers qui se lancèrent à la conquête de l’Ouest au milieu du XIXe siècle. Disons que le film parle pour lui-même, ce qui n’est dans le fond déjà pas si mal.
