A l’affiche de «La Belle et la Bête», Léa Seydouxest l’actrice la plus en vue du moment. Rôle après rôle, elle s’est imposée en femme forte du cinéma français.
L’année 2013 aura été celle de Léa Seydoux. Inconnue du grand public il y a encore quelques années, l’actrice occupe aujourd’hui une place à part dans le cinéma français, tant par ce qu’elle représente que par son omniprésence sur les écrans et la surmédiatisation dont elle a été la victime plus que consentante. Le tournant, l’épiphanie, a eu lieu ce dimanche de mai, lorsque durant la cérémonie de clôture du Festival de Cannes elle a été associée, à l’instar de sa partenaire Adèle Exarchopoulos, à la Palme d’or décernée par le jury de Steven Spielberg à Abdellatif Kechiche, pour La vie d’Adèle.
A l’affiche d’une bonne douzaine de longs métrages depuis le début des années 2000, la Parisienne est, à 28 ans, la Marianne du septième art hexagonal. Ce que validerait, le 28 février, un césar de la meilleure actrice. Elle est nommée pour le film de Kechiche, mais la concurrence est rude. Les votants de l’Académie des arts et techniques du cinéma pourraient d’ailleurs bien lui préférer la classe intemporelle de Fanny Ardant ou la fougue iconoclaste d’Emmanuelle Seigner.
Famille dirigeante. Il y a aussi ce détail, qui énerve plus d’un professionnel du milieu: Léa Seydoux est la petite-fille de Jérôme Seydoux, président de Pathé, et la petite-nièce de Nicolas Seydoux, président de Gaumont. Au-delà de son talent intrinsèque, elle pourrait faire les frais de règlements de comptes car, on ne le sait que trop bien, «la grande famille du cinéma» est loin d’être unie.
Impossible en revanche de parler de népotisme, même si La Belle et la Bête, relecture par Christophe Gans du conte publié par Gabrielle-Suzanne de Villeneuve en 1740, est coproduit par Pathé. Bien que le film, conçu comme un divertissement familial par l’auteur du sombre Pacte des loups (2001) – grand amateur de cinéma de genre, notamment asiatique, devant l’Eternel –, soit en bien des points décevant, Léa Seydoux y est en effet admirable.
Une anti-Audrey Tautou. Centré, à l’inverse de l’adaptation réalisée en 1946 par Jean Cocteau, sur le personnage de Belle, le film de Gans repose dès lors entièrement sur les épaules de la Française. Il y a même quelque chose d’ouvertement féministe dans la manière qu’a le personnage de quitter sa famille pour la sauver, puis de mater la Bête en la charmant. Car Léa Seydoux a cette ambivalence rare: elle est séductrice ET prédatrice. Elle est en quelque sorte une anti-Audrey Tautou. Pour Christophe Gans, «elle a dans sa façon d’être quelque chose de contemporain, à la fois éternel et classique, naturel et sophistiqué».
Le côté volontariste qu’elle impose à ses personnages se retrouve aussi à la ville; on en veut pour preuve la polémique autour de La vie d’Adèle et des méthodes du réalisateur Abdellatif Kechiche, dont elle a été le détonateur. En accusant le Franco-Tunisien de martyriser ses actrices, de les pousser à bout sans jamais tenir compte de leur ressenti, elle a allumé une mèche qui a longtemps brûlé, et qui lui a dans le même temps permis d’être présente dans un nombre record de médias. Elle est même allée jusqu’à poser nue en couverture du premier numéro de la nouvelle formule de Lui, comme pour revendiquer son indépendance. Mon corps n’appartient qu’à moi, j’en fais ce que je veux, semblait-elle affirmer alors que sa surmédiatisation devenait un objet médiatique en soi.
Le modèle Brando. En septembre dernier, lors d’une rencontre dans un hôtel parisien à l’occasion du marathon promotionnel de La vie d’Adèle, elle nous apparaissait d’ailleurs sûre d’elle, d’une grande solidité. Le regard est franc, ne se dérobe jamais, les réponses longuement pensées sous leur apparente spontanéité. Sa médiatisation est uniquement liée au besoin qu’ont les médias de trouver régulièrement de nouveaux visages, nous expliquait-elle, tout en avouant avoir changé depuis ses débuts en 2006: «Je suis moins mélancolique et solitaire qu’avant. Je suis un peu plus heureuse, aussi. Avant, j’avais peur de moi, de ma folie; j’avais même plus peur de moi que des autres. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas.»
Quant à la sauvagerie qu’elle est capable de dégager en même temps que la sensualité, elle l’explique par sa fascination pour les acteurs de légende que sont Marlon Brando et James Dean: «Ils m’ont toujours plus inspirée qu’Isabelle Adjani… J’aime la sauvagerie de Brando, j’aime sa matière brute. Les actrices minaudent trop, elles doivent être belles, jolies et désirables, alors que chez les hommes, il y a cette virilité… Je me reconnais plus chez les acteurs.»
A la fin du mois de février, on retrouvera Léa Seydoux à l’affiche de The Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson, aux côtés de Bill Murray, Ralph Fiennes, Jude Law ou encore Adrien Brody. Cet automne, c’est en Loulou de la Falaise qu’on la découvrira dans Saint Laurent, de Bertrand Bonello. Deux films qui devraient asseoir un peu plus sa position de nouvelle reine du cinéma français.
«La Belle et la Bête». De Christophe Gans. Avec Léa Seydoux,
Vincent Cassel, André Dussollier. France/Allemagne, 1 h 52.
Filmographie
Léa Seydoux en trois rôles clés
«Inglourious Basterds» (2009)
En lui confiant un petit rôle dans la séquence d’ouverture de son uchronie, Quentin Tarantino attire l’attention sur Léa Seydoux et lui ouvre les portes d’une carrière internationale qui la verra tourner avec Ridley Scott (Robin des Bois), Woody Allen (Minuit à Paris) et Brad Bird (Mission: Impossible 4).
«Les adieux à la reine» (2012)
Dans le rôle de la lectrice de Marie-Antoinette, la comédienne sert de guide au spectateur dans son exploration de Versailles, des appartements royaux aux dépendances réservées aux domestiques. Elle a l’étoffe d’un premier rôle, ce que prouve la même année L’enfant d’en haut, tourné en Suisse.
«Grand Central» (2013)
Promise à Tony, Karole se rapproche irrémédiablement de Gary. Son charme magnétique lui permet d’avoir n’importe quel homme. Léa Seydoux se dévoile en prédatrice, en femme forte au volontarisme jusqu’au-boutiste, à l’image de l’Emma qu’elle interprète dans La vie d’Adèle.√SG
