Le Londonien Stuart Bakerdirige depuis 1992 le label Soul Jazz Records, dont le pertinent catalogue explore tout ce qui échappe aux modes et aux tendances.
Il y a des compilations thématiques, sur les stars féminines de la country des années 50-70, la house expérimentale de Chicago de 1986 à 1993 ou la musique caribéenne de 1920 à 1972. Il y a aussi des rééditions d’albums rares ou introuvables, de Gilberto Gil, Baden Powell, Steve Colson ou encore Pharoah Sanders. Et il y a des livres sur les pochettes des singles de l’âge d‘or du punk ou des classiques du reggae, sur l’histoire de la bossa-nova… Fondé au début des années 90 à Londres, le label Soul Jazz Records propose un catalogue pointu qui fait le bonheur des collectionneurs, des curieux et des mélomanes préférant les chemins de traverse aux autoroutes empruntées par les majors de l’industrie du disque.
Une industrie que l’on dit depuis une dizaine d’années agonisante, tandis que çà et là de petites structures parviennent encore à tirer leur épingle du jeu. A l’image de Soul Jazz Records, dont les sorties forcent le respect tant elles permettent la (re) découverte de courants musicaux moins défrichés que d’autres et d’artistes méconnus, en marge de grands noms qui servent de produits d’appel.
Un magasin avant le label.«Notre implication dans ce que vous appelez l’industrie musicale est de toute manière minimale», résume Stuart Baker lorsqu’on lui demande si son catalogue de niche lui permet en effet de tirer son épingle du jeu dans un marché saturé depuis l’avènement du téléchargement. «Quant à ce soi-disant catalogue de niche, je dirai qu’il ne l’est pas vraiment vu la diversité de ce que nous proposons.» Musiques du monde, rock, punk, électro, jazz, soul, funk, hip-hop… Le spectre musical exploré par Soul Jazz Records s’avère, il est vrai, extrêmement large.
Fan de musique depuis toujours, musicien et DJ à ses heures, Stuart Baker étudie le cinéma et la photographie dans une école d’art avant d’ouvrir un petit magasin de disques. Lequel donnera naissance au label il y a une vingtaine d’années. «Je rêvais d’être réellement impliqué dans le monde de la musique. Et comme j’adore parler des disques que j’aime et faire découvrir aux gens des choses qu’ils ne pensaient pas pouvoir aimer, je me suis lancé. Je me sens privilégié de pouvoir partager mes enthousiasmes.»
Véritable archéologue de la musique toujours à la recherche de nouvelles perles, Stuart Baker passe autant de temps à chiner qu’à surfer sur l’internet. «Je suis un voyageur, résume-t-il. Je voyage dans l’espace et le temps grâce à la musique.» Soul Jazz Records vient de publier le troisième volume de sa série New Orleans Funk. Où l’immense Allen Toussaint côtoie Betty Harris, Diamond Joe et Professor Longhair. Un voyage dans les bayous de Louisiane, ça vous tente?


