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Montreux ou la singulière épopée d’un lieu inventé

Jeudi, 2 Juillet, 2015 - 05:57

Eclairage. Refuge des élites mondiales depuis deux siècles, la cité lémanique, qui accueille le 49e Montreux Jazz Festival, se conte aussi par les espaces clés où son histoire culturelle s’est forgée.

David Brun-Lambert texte
John Short photos

Douceur de vivre et fleuron hôtelier. Cadre majestueux et Jazz Festival. Si Montreux est à travers le monde synonyme d’excellence, l’épopée qui popularisa ce bout de Riviera demeure toujours méconnue. Depuis les berges du Léman aux hauteurs de Caux, les lieux où s’écrivit son histoire menée entre constructions pharaoniques, têtes couronnées et artistes mythiques conservent les traces d’un destin sidérant.

Montreux n’existe pas. Plus qu’une ville, c’est une agglomération de villages où, en 1761, Jean-Jacques Rousseau plante l’action de son roman La nouvelle Héloïse, premier best-seller des Lumières. Des curieux partent alors sur les traces de son héroïne. Mais aucune structure n’existe pour les accueillir. A la hâte, se créent des pensions de famille, puis les premiers hôtels. Dès lors, visiteurs anglais et russes affluent. Parmi eux, Lord Byron qui, en 1816, publie Le prisonnier de Chillon, inspiré de sa visite au château de Veytaux. Bientôt, Wagner, Tchaïkovski ou Tolstoï visitent à leur tour la région. A leur attention, comme à celle des équipages d’aristocrates qui séjournent ici plusieurs mois durant, on érige un premier palace à Territet: l’Hôtel des Alpes, où descend notamment Elisabeth d’Autriche, dite «Sissi».

De l’envol à l’effondrement

En 1906, alors qu’est inauguré le Montreux Palace, 75 000 visiteurs logent chaque année dans les 120 hôtels dénombrés de Territet à Glion ou Caux – où domine un palace que fréquentent notamment Sarah Bernhardt, Francis Scott Fitzgerald ou Rainer Maria Rilke. Tandis qu’entre sports d’eau et promenades, l’élite mondiale se distrait, à Clarens, devenu l’épicentre de l’intelligentsia russe en ville, penseurs anarchistes et exilés bolcheviques organisent la révolution à venir. Parmi eux: Lénine! C’est dans cet environnement fiévreux que, depuis Tavel, le compositeur Igor Stravinsky parachève ses chefs-d’œuvre L’oiseau de feu, Petrouchka et Le sacre du printemps.

La Première Guerre mondiale, puis la révolution d’Octobre éclatent: l’économie hôtelière vaudoise s’effondre une première fois. Durant les années 20, elle se relève finalement pour s’écrouler tout à fait en 1939. Montreux entre alors en sommeil jusqu’en 1967, année où le Jazz Festival commence son aventure, inscrivant bientôt la ville sur la carte des musiques mondiales. A la fin des seventies, des idoles pop s’installent dans ces environs: David Bowie, Keith Richards ou Freddie Mercury, qui tous enregistrent au Mountain Studio, alors propriété du groupe Queen, et fréquentent le chalet Le Picotin de Claude Nobs: héraut par qui fut prolongée la curieuse destinée d’une cité inventée.


Chimiques et psychédéliques

Le 49e Montreux Jazz Festival accueille durant ses premiers jours John Legend, Sinéad O’Connor, Lady Gaga et aussi The Chemical Brothers. Le duo électro dévoilera en primeur les titres de son huitième album.

Tom Rowlands et Ed Simons ne sont pas spécialement charismatiques et n’ont jamais tenté de faire de leur nom de scène une marque. Ce qui explique peut-être que, vingt ans après la sortie de leur premier album, ils soient toujours debout et continuent de défendre, face à la déferlante eurodance, une musique électronique exigeante.

En 1995, lorsque les deux Mancuniens publient Exit Planet Dust après s’être rebaptisés The Chemical Brothers – ils se faisaient depuis quelques années appeler Dust Brothers, mais un autre duo électro, américain, portait déjà ce nom –, l’Angleterre attend avec impatience la sortie des nouveaux enregistrements d’Oasis et de Blur (What’s the Story) Morning Glory? et The Great Escape, que les médias se plaisent à présenter comme des rivaux. Mais voilà qu’au début de l’été, les bien nommés frères chimiques débarquent avec un disque d’une rare puissance, combinant beats technos et mélodies rock. Il n’en faudra pas plus pour faire danser la génération britpop.

Alors que la scène électro anglaise était dominée par des formations ambient (Orbital, The Orb), house (Under­world) et des DJ expérimentaux (Aphex Twin), les Chemical déboulent avec une approche psychédélique qui met tout le monde d’accord. Suivront deux albums, Dig Your Own Hole et Surrender, qui permettront au duo de dominer une fin de siècle tiraillée entre retour en force du rock à guitares et avènement d’une nouvelle scène folk.

Les enregistrements suivants de Rowlands et Simons ne connaîtront pas le même succès, la faute à un manque de titres percutants et à une approche plus atmosphérique. En live aussi le duo impressionne moins. Mais voilà qu’en 2010, celui-ci retrouve sur Further la fureur de ses débuts, ce que confirme la sortie imminente d’un huitième album mélodiquement impressionnant et porté par des titres chantés par Q-Tip (Go), St. Vincent (Under Neon Lights) et Beck (Wide Open).

«Born in the Echoes». De The Chemical Brothers. Universal. Sortie le 17 juillet. En concert le dimanche  5 à l’Auditorium Stravinski. www.montreuxjazzfestival.com

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