Teminator revient pour un cinquième épisode de la saga élaborée en 1984. A bientôt 68 ans, Arnold Schwarzenegger y reprend du service pour jouer le robot du futur. Il est «la» raison de voir ce film, fouillis d’explosions, de métal fondu et de taules froissées.
Pourquoi est-ce que l’acteur minimaliste, incarnant un robot rouillé et péclotant, nous fait encore rêver, lorsqu’il revient sauver le monde? Parce qu’il occasionne un vertige temporel. Lui, l’artefact venu du futur, ressemble de plus en plus à une antiquité. A l’heure des guerres informatiques, l’artillerie d’un Terminator est dépassée et la mélancolie qui se dégage de ce pesant héros de métal est troublante. A travers lui, le spectateur contemple l’avenir par sa ruine. C’est ce qui rendait les textes de Ray Bradbury si émouvants: raconter le futur comme s’il était déjà révolu.
Le film multiplie les voyages dans le passé et le futur. Les héros s’adressent des messages à eux-mêmes, pour ne pas se perdre dans les couloirs du temps: «Aller toujours tout droit, ne pas se retourner.» Amusant, pour un film qui ne cesse de revenir sur son propre passé, de faire des allers-retours. Dans un plan, voici un Schwarzenegger de synthèse. Jeune, comme en 1984. Puis le voilà rafistolé, blessé, acier apparent. «Vieux, mais pas obsolète.» «Papy», comme on le surnomme dans le film, devient un grand-père protecteur, dans un monde où les méchants, eux, ont beaucoup changé. Désormais, ils sont souples, liquides, invisibles… Ils sont partout et nulle part, ils se sont débarrassés du corps. Et lui, vieux bodybuilder, traîne sa carcasse si terrienne. C’était le cas dans Terminator 3, en 2003, mais l’idée est poussée plus loin. Le robot saigne et s’abîme. Il est plus humain que les héros de chair et d’os du film, aussi répétitifs et prévisibles que des machines, à peine décoiffés et égratignés après des carambolages mous.
«Terminator Genisys». D’Alan Taylor. Avec Arnold Schwarzenegger, Jason Clarke, Emilia Clarke. USA, 2 h 06. En salles.
