Frantic, Lune de fiel, Place Vendôme… Alors qu’elle vient d’acquérir sa plénitude en tant qu’actrice à l’âge de 47 ans, en jouant dans La Vénus à la fourrure de Polanski (son époux à la ville), Emmanuelle Seigner se voit dédier un livre. On attendait une vision personnelle de Jean-Pierre Althaus, fondateur du Théâtre de l’Octogone, à Pully, qu’il a dirigé pendant plus de trente ans. Lui qui a joué avec Jean-Louis Barrault, tourné avec Annie Girardot livre pourtant une description assez lisse de la comédienne, suivant pas à pas sa carrière, film après film, ses engagements au théâtre, dans la chanson ou dans la mode. Le tout en se basant principalement sur des articles de presse.
Dans deux envolées lyriques, l’introduction et la conclusion, Jean-Pierre Althaus laisse toutefois parler sa plume d’adorateur, mais se révèle hypnotisé et tétanisé par son modèle, cette vamp aussi dangereuse qu’un cobra. On ne sort pas du cliché de la femme fatale en même temps mère et épouse aimante, énième avatar de la sainte un peu putain. Et de la comparer, au passage, à Isis, Aphrodite, Artémis, Danaé, etc. On reste en surface, comme la couverture aguicheuse le laissait supposer, sans saisir ce qui fait la spécificité, et le génie, de l’actrice.
En résumé, on peut regretter que ce livre ne soit ni une analyse pointue ni un texte personnel. Alors que, lorsque Althaus se laisse aller à rêver, la tête sur le sein de Seigner, sa géante déesse, sa plume ne manque pas d’allant et de piquant. Ainsi, lorsqu’il écrit de son modèle adoré: «Elle est docte en voluptés, comme la créature de Baudelaire qui pétrit ses seins sur le fer de son busc en laissant couler des mots imprégnés de musc.» On redemanderait volontiers de ce nectar-là.
«Emmanuelle Seigner, cinéma, théâtre, mode et chanson».
De Jean-Pierre Althaus. Ed. Favre, 152 p.
